Flying Carpet
6 vues
Notion(s)
Démarche & Procédés
Présentation générale
Flying Carpet est un objet hybride entre le tapis et le canapé, conçu par Ana Mir et Emili Padrós, fondateurs d’Emiliana Design Studio à Barcelone, et édité par nanimarquina. Le studio date sa conception de 2001, tandis que l’éditeur situe son lancement en 2002.
Le projet transforme une surface textile en un petit paysage habitable. Soulevé par des volumes placés sous certaines de ses parties, le tapis forme des pentes et des reliefs contre lesquels le corps peut prendre appui. Il devient ainsi un territoire confortable et ludique, destiné à la détente dans les espaces domestiques comme dans les lieux publics.
Flying Carpet ne définit pas une seule posture. Il invite à s’asseoir, à s’allonger, à s’adosser ou à changer de position au fil des activités. Plutôt que de remplacer directement une chaise ou un fauteuil, il propose une autre manière d’occuper l’espace, plus proche du sol et moins codifiée.
Contexte Historique
Le projet s’inscrit dans une démarche de décloisonnement des catégories du mobilier. Le tapis, traditionnellement considéré comme une surface de décoration, de confort ou de délimitation, acquiert ici une fonction de soutien du corps. Il ne se contente plus d’accompagner les meubles : il devient un élément d’ameublement à part entière.
Cette recherche prolonge une réflexion menée par Ana Mir et Emili Padrós sur l’aménagement d’un Boeing Business Jet, dans le cadre du concours Domus Boeing Business Jet. Leur proposition remettait en question le luxe conventionnel des avions privés en imaginant un intérieur fluide, confortable et informel, favorable au repos, à la rencontre et à la communication.
Il ne s’agit donc pas simplement d’une inspiration tirée de sièges existants de classe affaires. Les designers ont envisagé une transformation plus générale de l’expérience du voyage, en privilégiant la liberté des postures et la continuité de l’espace plutôt qu’une succession de places individuelles.
Matériaux et innovations techniques
Flying Carpet associe un tapis en laine à des volumes de soutien recouverts de feutre. Le catalogue de nanimarquina précise que le tapis est fabriqué manuellement sur métier à tisser et composé de laine de Nouvelle Zélande.
Les reliefs ne sont pas constitués de blocs de feutre massif. Les supports comportent un rembourrage en mousse et un revêtement en feutre. Placés sous le tapis, ils soulèvent certaines zones et créent les inclinaisons nécessaires à l’appui du dos ou de la tête.
Le principe constructif repose sur l’association d’une surface souple et de volumes porteurs. La forme tridimensionnelle résulte de leur combinaison : le textile épouse les supports tout en maintenant une continuité entre les parties planes et les parties relevées. L’innovation tient donc moins à l’invention d’un matériau qu’à une nouvelle utilisation du tapis et de ses possibilités spatiales.
Concept et inspiration
Le nom Flying Carpet, qui signifie « tapis volant », mobilise l’imaginaire du voyage et du merveilleux. Il évoque un déplacement fictif, alors même que l’objet invite à rester sur place. L’idée de voyage immobile constitue ainsi une lecture pertinente du projet, sans qu’il soit nécessaire de l’attribuer précisément au récit d’Aladdin.
Le studio décrit l’objet comme un petit territoire personnel, confortable et ludique. Le tapis ne forme pas une enceinte fermée, mais délimite une zone que chacun peut s’approprier par ses gestes et ses positions. Il offre un cadre d’usage sans imposer un mode d’emploi unique.
Cette démarche renouvelle la relation entre le corps et le mobilier. Au lieu de demander à l’utilisateur de s’adapter à une assise définie, Flying Carpet multiplie les possibilités d’installation. La liberté de mouvement et l’expérimentation deviennent des composantes du confort.
Dimension esthétique
Flying Carpet évoque un paysage miniature, composé de plaines, de pentes et de petites collines textiles. Ses reliefs donnent l’impression que le tapis se soulève du sol. Cette continuité entre surface horizontale et volume constitue son principal effet visuel.
Les versions présentées dans le catalogue existent notamment en rouge, en vert et en gris. La couleur unifie le paysage textile, tandis que la laine et le feutre renforcent son caractère chaleureux et tactile.
L’ergonomie du projet repose sur la diversité des appuis plutôt que sur une position considérée comme idéale. Une même pente peut servir de dossier, de soutien pour la tête ou de point d’appui dans une posture allongée. Le tapis peut accueillir des activités de détente, de lecture ou de jeu, selon la manière dont chacun s’installe.
Cette liberté n’en fait toutefois pas un mobilier universel. Sa proximité avec le sol suppose de pouvoir s’abaisser et se relever aisément. Son intérêt réside dans la variété des postures proposées, non dans le remplacement de tous les sièges spécialisés.
Impact et message
Flying Carpet reçoit une mention spéciale du jury aux prix Delta ADI FAD en 2003. Cette reconnaissance souligne l’intérêt d’un projet qui déplace les frontières entre textile, mobilier et aménagement intérieur.
Son apport réside dans une transformation simple mais significative : un tapis devient une surface habitable en trois dimensions. L’objet propose un confort fondé sur l’appropriation, le mouvement et la liberté de posture, plutôt que sur la séparation stricte entre assise, dossier et accoudoirs.
Dans une publication rétrospective, nanimarquina présente Flying Carpet comme une étape importante de son ouverture vers des objets situés entre tapis et mobilier. Le projet conserve ainsi une valeur de référence pour comprendre comment le design peut transformer un élément familier en support de nouveaux usages.
Sources
Actions
Contribution
_p_esteban
A enrichi ton apprentissage en ajoutant cette référence le 23 Octobre 2026
Omniscient Design
a validé la référence Flying Carpet